31 January 2026 02:12

Manuel Amoros, hommages et émotion

Défenseur emblématique de
l’équipe de France dans les années 80, Manuel Amoros, qui fête ce
week-end son 64e anniversaire, doit l’un des plus grands moments de
sa carrière à un coéquipier…

Manuel Amoros a tout connu ou presque avec les Beus. Du drame de
Séville à la Coupe du monde 1982 au fiasco de l’Euro 1992, celui
qui a longtemps été le recordman de sélections a été durant une
décennie l’une des figures de l’équipe de France.

Le natif de Nîmes a néanmoins été essentiellement réduit à un
rôle de spectateur lors du chef d’œuvre de la bande à Platini à
l’Euro 1984. La faute à son exclusion dès le premier match face au
Danemark. Pour avoir asséné un coup de tête à Jesper Olsen, le
latéral monégasque a en effet écopé de trois matches de suspension.
De quoi lui faire manquer les deux dernières rencontres de la phase
de poules face à la Belgique et la Yougoslavie, ainsi que la
demi-finale contre le Portugal.

En son absence, Jean-François Domergue a parfaitement tenu le
couloir gauche de la défense tricolore. Mieux, il a été
l’improbable héros de la demi-finale face au Portugal grâce à un
doublé. « La décision du coach d’aligner
Jean-François (Domergue) contre l’Espagne ne me déçoit
pas. Il a assuré, le retirer serait injuste. Moi, je suis devenu
réserviste »
, a-t-il raconté à L’Equipe lors du
30e anniversaire du sacre des Bleus de 84.

Mais alors qu’il semblait promis à devoir rester sur le banc
durant toute la rencontre, Patrick Battiston, qui occupe le couloir
droit, va commettre l’impensable: simuler une blessure pour
permettre à son copain d’avoir une part du gâteau. « En
cours de match, je me suis dit que Manu, qui avait été expulsé lors
du premier match, puis suspendu, méritait de connaître une finale.
Je n’ai pas réfléchi plus loin que ça »,
a expliqué
Patrick Battiston par la suite.

Cette simulation n’a pas été du goût de Michel Hidalgo, le
sélectionneur, surpris de voir le Bordelais lui répondre par la
négative lorsqu’il lui a demande s’il était blessé au moment de sa
sortie. Et ce d’autant plus que quelques minutes plus tard, Yvon Le
Roux écopait d’un carton rouge. « Là, je me dis que
j’ai peut-être fait une connerie. S’ils égalisent et qu’on va
en prolong’ en infériorité numérique… Et en plus, à l’époque, on
n’avait droit qu’à deux changements. Je venais de griller un des
deux jokers du coach, s’est-il souvenu. L’autre remplacement avait
en plus déjà été effectué, Lacombe par Genghini, avant le rouge
d’Yvon. Ouah… Hidalgo était coincé. Là, je me suis senti
responsable. »

Manuel Amoros ignorait totalement la supercherie de son
coéquipier. Il n’a eu de cesse par la suite de lui rendre hommage.
« Par ce geste rare qui fut qualifié soit de
‘‘romantique’’, soit de ‘‘déraisonnable’’, il a confirmé qu’il est
un homme d’une grande intégrité. Il voulait me faire
participer à la fête, une sorte de coup de cœur, je ne sais
pas… »,
a-t-il notamment confié à L’Equipe, précisant:
« D’autant que si nous étions bons camarades, pour avoir
joué le Mondial 82 ensemble, nous n’étions pas des proches hors du
foot. Patrick devait avoir une sacrée confiance en moi et se dire
que j’allais tenir la baraque. »

« J’ai souvent recroisé Patrick, en équipe de France et en
Championnat, nous étions même ensemble à l’AS Monaco (1987-1989),
mais nous n’en avons jamais vraiment reparlé, a-t-il ajouté.
Aurais-je pu faire un tel cadeau à un partenaire ? Je ne sais pas…
»

« Patrick, c’est quelqu’un de très bien, très
attachant, très affectif,
renchérira-t-il auprès de So
Foot. C’est vrai qu’il a simulé cette blessure. Michel Hidalgo ne
comprenait pas qu’il veuille être remplacé. C’est le geste d’une
équipe, d’un coéquipier qui voulait faire participer tout le monde
à cette grande fête. Ça prouve bien qu’on s’entendait tous bien, et
qu’on était liés d’amitié. J’ai joué quinze ou vingt minutes. Ce
n’était pas un cadeau, mais il savait que j’avais les capacités
pour tenir mon poste et mon rôle sans problème. »

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