La 3ème Lettre de Moïse Jean-Charles : un modèle de charabia ou de Politique Fiction par Stanley Lucas





La troisième lettre de Moïse Jean-Charles, le leader de Pitit Dessalines, est un excellent exemple de politique fiction. On y trouve un énorme mélange de folie de grandeur, d’imaginaire lavalassien, de confusions de vocabulaire, de charabia populiste, et de langage délirant dicté par un sentiment de toute-puissance digne des dictateurs dont la société haïtienne ne veut plus aujourd’hui.

Cette lettre est à méditer dans tous les mouvements politiques car elle a le mérite d’exposer clairement la médiocrité d’un leader politique dépassé. Voyons voir précisément le contenu de la lettre.

L’apocalypse imaginaire du lavalassien
Cette lettre apocalyptique démarre par des images catastrophiques d’inondation, « d’eaux en crues » : A vous voir vous débattre dans ces eaux en crue, alors que les plus grandes averses sont à venir.

Ces scènes « d’eaux en crue » et « d’averses à venir » reflètent clairement des images de lavalasse, dignes de l’imaginaire lavalassien de ce leader politique. Elles confortent un tableau catastrophique de la situation politique haïtienne. « Je vois mon pays sombrer », « vous auriez pu éviter le désastre », poursuit sinistrement l’auteur de la lettre, en insistant sur « nos malheurs et notre déchéance »… Pour compléter le tableau, il y ajoute « le spectre affreux de la Révolte populaire qui hante les esprits ». Plus loin dans ce déballage obsessionnel de catastrophes, Moïse Jean-Charles, transformé en prophète de malheurs répète 7 fois « c’est la fin » ! A partir de la troisième fois on avait déjà compris ! Mais face à cette perspective politique apocalyptique se dresse Moïse Jean-Charles, enveloppé d’une grande « sérénité » : « Je vous plains dans ma sérénité. »…




Folie de grandeur et « approches scientifiques »
Tout n’est pas perdu pour Haïti, puisque Moïse Jean-Charles, du haut de sa grandeur enveloppée de la sérénité et du recul que lui donnent « l’expérience et la diligence de l’observation patiente », a pu produire des « approches scientifiques » de la situation haïtienne. Et si l’actuel chef de l’Etat, accusé « d’amateurisme » a des difficultés, ce serait parce qu’il « n’a pas su profiter » des conseils du « cénacle » de Moïse Jean-Charles, qui détenait toutes les solutions. C’est la folie des grandeurs qui pousse le leader de Pitit Dessalines à se présenter comme celui qui détient la solution aux problèmes économiques d’Haïti, car dans ses « approches scientifiques » il avait déjà réalisé « la radiographie de la situation sociale, économique, institutionnelle et politique de l’Etat. »

Un langage confus pour des prétentions scientifiques

Avant de voir plus en détail le côté inconsistant du délire politique de Moïse Jean-Charles, notons au passage quelques confusions de termes regrettables chez un penseur politique. Relevons deux confusions parmi d’autres. La première, qui est énorme, consiste à confondre « immigration » et émigration, comme le montre l’extrait suivant de cette brillante lettre : « C’est la fin camarade quand votre administration qui loue l’immigration massive de nos jeunes compatriotes désespérés ne peut, aux demandeurs, procurer des livrets de passeports ». De quoi parle-t-on ici, d’immigration ou d’émigration de « jeunes compatriotes désespérés » ? Lorsque J. C. Moïse parle de la « pritivation d’entreprises publiques », accordons-lui la confiance qu’il parle de privatisation d’entreprises. Regardons de plus près le contenu de la politique fiction que contiennent les prescriptions du docteur Moïse Jean-Charles pour sauver Haïti.

Politique fiction : les médicaments populistes du docteur pananrans Moïse Jean-Charles
Parmi les tactiques préférées des populistes citons le langage catastrophiste (ici : malheurs, désastre, sombrer déchéance), la dévalorisation du fonctionnement de l’Etat démocratique et des processus électoraux qui seront remplacés par un leader providentiel et par la refondation. Quant à l’appareil politique, qui remplacerait l’actuel Etat haïtien soi-disant chaotique, il serait issu d’une « refondation » de l’Etat, basée sur un Conseil d’Etat issu d’Etats généraux (comme dans la Révolution Française). Les prescriptions politiques du docteur Moïse Jean-Charles sont en grande partie des généralités assez vagues et passe-partout, que l’on peut citer n’importe quand et n’importe où : L’Adéquation et le fonctionnement des institutions républicaines, Le cadre légal et environnemental de l’investissement, la situation écologique, Identité haïtienne et intégration planétaire, la Sécurité plénière, Transports et circulation etc… Tout ce charabia est vendu comme un discours soi-disant « accueilli favorablement dans les salons diplomatiques » de Washington, de Paris, d’Ottawa, de Pékin, de Brasilia, de Santo Domingo, de Caracas etc…




En conclusion, tout ce charabia prêterait à sourire, s’il ne reflétait la pauvreté de pensée d’un leader politique qui aspire à gouverner Haïti. Evidemment notre pays connaît des situations de crise aggravée par le jeu trouble de maints organismes internationaux mais l’Etat haïtien n’est pas comparable aux situations véritablement chaotiques d’autres pays comme l’Aghanistan, le Sud Soudan, le Yemen… Par ailleurs l’inconsistance de la lettre du sauveteur docteur Moïse Jean-Charles montre qu’il sous-estime l’intelligence politique des citoyens lecteurs haïtiens.

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