“Des oppositions sans projet autre que de s’opposer” – Frantz Duval





En Haïti, il y a traditionnellement trois sortes d’opposition après chaque scrutin. Celle qui croit avoir gagné les élections qu’elle a perdues. Celle qui savait qu’elle n’avait aucune chance de gagner les élections. Et, enfin, celle qui, proche du gagnant, se sent délaissée. Les trois groupes, pour des raisons opposées, s’opposent aux puissants en place.

Aujourd’hui, on peut parler d’opposition radicale, celle qui demande le départ du président Jovenel Moïse depuis le jour de son élection. Il y a aussi celle qui se compose des modérés qui ne demandent rien, mais qui aimeraient bien qu’un jour le pouvoir ou l’opposition les appelle en renfort. Il y a enfin, troisième catégorie, tous les déçus de la nébuleuse Tèt Kale. Ils espèrent que le pouvoir se souviendra d’eux avant que le mandat ne se termine. Ils sont tout aussi acides que les opposants radicaux et, des fois, les rejoignent dans certaines batailles.

Toutes ces oppositions ont cela de particulier que rares sont les élus qui sont associés à elles. En Haïti, les élus sont de vrais élus qui oublient vite, une fois intronisés, ceux qui sont restés hors des limites du royaume des chefs.

L’opposition ne se regroupe ni dans de vrais partis politiques, ni au sein de groupes parlementaires, ni ne contrôle des villes ou des régions. L’opposition, suivant le positionnement de chaque groupe, occupe les médias, s’agite sur des galeries ou attend en silence.




L’atomisation des oppositions et le fait que chacun cherche à se faire une place occasionnent une dispersion des forces et une invisibilité des propositions. L’opposition ne propose pas en Haïti. Elle veut le pouvoir au plus vite et souvent sans construire d’alternative.

A la chute du régime des Duvalier, ce n’est pas un opposant historique qui a pris le pouvoir. C’est Jean-Bertrand Aristide, nouveau venu sur la scène, qui a fait une razzia. A la fin du régime Lavalas (JB Aristide+ René Préval), c’est un nouveau venu à la politique active, Michel Martelly, qui a pris le pouvoir.

Même les pouvoirs de transition ne sont pas sortis des rangs des opposants traditionnels. Les juges Ertha Pascale Trouillot et Boniface Alexandre et même le sénateur Jocelerme Privert n’étaient pas les présidents attendus.

Quand un opposant historique finit par avoir un poste, cela se passe rarement bien. Le choc des egos, entre celui qui a triomphé aux urnes et ceux qui se croient les héritiers légitimes, est toujours néfaste aux politiciens.

Plus que la malchance, c’est l’absence de plans qui limite les ambitions de nos oppositions, toutes natures confondues. Elles attendent. Elles manigancent. Elles s’agitent. Et au dernier tournant se font doubler.




Depuis 1986, les militaires, les juges, le prêtre, le chanteur, le sénateur et l’homme de la banane leur ont tout pris. Qu’en sera-t-il demain s’il y a des élections ou une transition impromptue ?

Le pays et nos pays amis, les faiseurs de chefs de toutes tendances risquent encore une fois de faire leur marché dans des rayons inattendus tant nos opposants et nos oppositions ne se mettent pas en position de gouverner avec des propositions de solutions réfléchies et meilleures que celles dénoncées ou à bout de souffle.

Quand les tenants du pouvoir bégaient, trébuchent ou basculent, nos opposants sont rarement en position de ramasser le pouvoir, de bousculer l’histoire, de faire le poids.

On dirait qu’à trop désirer le pouvoir, on s’en éloigne. Ici, on perd ses moyens devant l’objet de toutes les pensées. Et ceux qui le détiennent, ce fameux pouvoir désiré, ne pensent qu’à le conserver, rarement à bonifier l’expérience.

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